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janvier 2003
Les médicaments ototoxiques
Les médicaments ototoxiques sont des
produits pharmaceutiques qui ont l'inconvénient de pouvoir léser les
structures de l'oreille interne (atteinte cochléaire ou vestibulaire) ou du
nerf auditif. Il n'y a jamais atteinte de l'oreille externe ni de l'oreille
moyenne.
Plus de 130 médicaments et produits chimiques ont été répertoriés comme
étant ototoxiques. La fréquence de l'ototoxicité induite par des médicaments
est inconnue.
Ils sont à l'origine de plusieurs types de symptômes, qui sont par
ordre de fréquence :
- des
acouphènes
- une hypoacousie avec surdité de perception (ou aggravation d'une atteinte
auditive préexistante)
- des vertiges : troubles de l'équilibre, sensation ébrieuse aggravée par
l'obscurité.
Les acouphènes constituent le signe le plus fréquent d'une ototoxicité
mais ils ne sont pas forcément associés à une perte d'audition ; de même,
une perte d'audition ne s'accompagne pas forcément d'acouphènes.
La toxicité
d'un médicament dépend de plusieurs facteurs :
-
des facteurs
individuels : la préexistence
d'une surdité de perception qui rend plus vulnérable, une pathologie
associée telle une insuffisance rénale, l'âge élevé du patient, une
sensibilité particulière au médicament
- des
facteurs liés au médicament :
la posologie, le mode d'administration, la durée du traitement,
l'association à d'autres médicaments ototoxiques.
Un médicament présentera d'autant plus de risque d'être ototoxique qu'il est
pris à hautes doses, pour une durée prolongée, par voie intraveineuse, chez
un patient insuffisant rénal.
La liste suivante répertorie les médicaments les plus fréquemment incriminés
dans l'ototoxicité. Cette liste n'est pas exhaustive. Les médicaments
ototoxiques sont cités sous leur nom générique.
1- Les antibiotiques
:
A) Aminoglycosides : Streptomycine, néomycine, gentamycine, kanamycine,
amikacine, sisomycine, tobramycine, netilmycine,dihydrostreptomycine.
- Tous les aminoglycosides sont
potentiellement ototoxiques. Cet effet ototoxique peut survenir après
administration parentérale (intraveineuse ou intramusculaire), orale, locale
ou par aérosols.
- Ils sont généralement responsables d'une surdité bilatérale, symétrique et
définitive. Toutefois des surdités unilatérales ont été décrites avec
l'amikacine et la kanamycine.
- C'est quand ils sont donnés à de fortes doses, par voie intraveineuse, en
traitement prolongé qu'ils s'avèrent le plus ototoxique ( dans les
infections graves comme les septicémies). Dans ces cas, il est nécessaire de
surveiller le taux sanguin d'aminosides.
B)
Erythromycine :
- L'erythromycine peut induire une
perte d'audition bilatérale, dose-dépendante, habituellement réversible,
fréquemment associée à des acouphènes.
- Cet antibiotique est ototoxique quand il est administré par voie
intraveineuse à de fortes doses (2 à 4g/j, ou plus) particulièrement en cas
d' insuffisance rénale. Aucun cas d'ototoxicité n'a été rapporté quand
l'érythromycine est prise par voie orale (en moyenne 1g/j).
C) Vancomycine
:
Cet antibiotique est ototoxique à
fortes doses, responsable d'une perte auditive généralement
irréversible. Il a les mêmes indications que les aminoglycosides auquel
il est souvent associé pour traiter les infections graves, ce qui
potentialise le risque d'ototoxicité.
D) D'autres antibiotiques sont plus rarement cités comme ototoxiques : entre
autres,
des cas isolés de surdité ont été rapportés avec l'ampicilline et le
chloramphénicol
2- Salicylés et autres
anti-inflammatoires non stéroïdiens
Il s'agit de : acide
acétylsalicylique (aspirine), diclofenac, ibuprofène, indomethacine,
ketoprofène, naproxène, piroxicam, phenylbutazone.
- Ils ont des effets ototoxiques
quand ils sont pris à des doses importantes et dans le cas d'un
traitement au long cours. L'atteinte est presque toujours réversible
dans les jours suivant l'arrêt du traitement.
- Il existe de grandes variations individuelles concernant la sensibilité
des patients aux salicylés et AINS.
- Une surveillance de la concentration sanguine en salicylés est recommandée
dans le cas de traitement à fortes doses et au long cours chez les patients
à risque.
- Parmi les AINS,
ibuprofene et naproxene
sont les plus souvent incriminés.
3 - Diurétiques :
- Les diurétiques de l'anse - furosémide,
acide ethacrinique, bumetanide - ont une ototoxicité dose-dépendante,
habituellement réversible à l'arrêt du traitement, affectant en priorité les
patients insuffisants rénaux : ces médicaments sont ototoxiques quand ils
sont donnés par voie intraveineuse dans l'insuffisance rénale aigüe ou
lors d'un accès hypertensif.
- De rares cas d'ototoxicité ont été rapportés quand ces médicaments ont été
utilisés par voie orale à de hautes doses et chez des personnes avec une
insuffisance rénale chronique.
4 - Médicaments
anticancéreux (chimiothérapie)
:
Cisplatine,
vincristine, moutardes azotées, vinblastine, carboplatine, bleomycine
ont été décrits
comme ototoxiques.
- Le cisplatine est le produit
antinéoplasique le plus ototoxique. La surdité est irréversible et
s'accompagne d'acouphènes transitoires ou permanents. Pour les autres
produits, des cas isolés d'acouphènes et de baisse d'audition ont été
rapportés.
-L'effet ototoxique de ces médicaments peut être diminué en surveillant le
taux sanguin des molécules et en réalisant des audiogrammes réguliers. Il
est potentialisé quand d'autres médicaments ototoxiques sont associés, comme
les antibiotiques aminoglycosides, les diurétiques ou d'autres traitements
antinéoplasiques.
5 - Antipaludéens
Quinine et
chloroquine sont ototoxiques.
- Ces médicaments sont utilisés dans le traitement du paludisme. Ils peuvent
induire transitoirement des acouphènes (fréquents à faibles doses), des
vertiges et/ou une perte auditive. Un traitement prolongé à hautes doses
peut être responsable d'une surdité définitive.
- Parmi les autres antipaludéens, l'hydroxychloroquine et la primaquine
peuvent provoquer des acouphènes ; la quinidine peut provoquer des
acouphènes, une perte auditive et des vertiges ; la pyrimethamine peut
provoquer une perte auditive.
6 - Préparations
locales :
A- Gouttes
auriculaires :
Les gouttes auriculaires peuvent contenir des aminosides (gentamycine,
neomycine), des anti inflammatoires ou des antiseptiques toxiques pour
l'oreille, d'où leur contre-indication en cas de perforation du tympan.
B-
Anesthésiques loco-régionaux :
Lidocaïne et bupivacaïne peuvent produire acouphènes et vertiges.
7 - Médicaments divers :
D'autres médicaments peuvent être ototoxiques mais
beaucoup plus rarement.
- Des acouphènes ont été décrits avec certains antiarythmiques :
lidocaïne, propranolol, metoprolol.
- Parmi les anticonvulsivants, la carbamazepine peut être
responsable d'acouphènes, l'acide valproïque peut causer des pertes
d'audition.
- Acouphènes et surdités ont été rapportés avec des médicaments antiulcéreux
( cimetidine, famotidine, omeprazole) ainsi qu'avec certains
contraceptifs oraux, avec certains opiacés (morphine).
- Parmi les psychotropes, les antidépresseurs tricycliques peuvent induire
des acouphènes, les IMAO et la fluoxetine peuvent donner des
surdités. Dans plusieurs cas, la persistance d'acouphènes après l'arrêt d'un
traitement prolongé au diazepam (anxiolytique) ont été décrits.
Conclusion :
Il n'y a pas de traitement curatif de l'ototoxicité.
Le seul moyen d'en éviter les effets est la prévention :
- en cas de surdité préexistante, il est préférable de toujours en
informer son médecin.
- si un nouveau médicament doit être prescrit, demander les éventuels
effets secondaires ototoxiques de ce produit.
- pour les médicaments vendus sans ordonnance, lire attentivement la
notice ou demander au pharmacien si le produit peut être ototoxique.
- connaître les premiers signes d'une ototoxicité (acouphènes,
hypoacousie, vertiges)
Ces médicaments ne doivent être prescrits qu'en cas de nécessité
absolue, à une dose adaptée à la fonction rénale et en cas de doute, sous
surveillance des fonctions auditives (audiogrammes) et vestibulaires.
Texte
préparé et rédigé par le docteur Marie-Christine SUBTIL dans un but
informatif
Extrait du
site : http/ :www.iddanet.net
Pour une information personnalisée veuillez
consulter votre médecin.
Références :
- SELIGMANNH., PODOSHIN L., BEN-DAVID J., FRADIS M., GOLDSHER M.
Drug-Induces Tinnitus and Other Hearing Disorders. Drug Safety, 1996, Mar ;
14 (3).
- EPSTEIN S. What you should know about ototoxic medications.
SHHH Journal,
September/October 1995. ( site de l'IFHOH )
- KAUFMAN O. Ototoxic drugs. SHHH Journal, 1998. (site SHHH)
- RENARD M. Médicaments ototoxiques; Les Sourds dans la ville.
- HAYBACH P.J. Ototoxicity . d'après le Nƒ d'octobre 1993 de The
Otolaryngologic Clinics of North America entièrement consacré à l'ototoxicité.
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